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Publié par frère jacques

 

 


Quelques mots sur de l'auteur de cet article.


Jacques Blandenier est connu dans le monde protestant pour ses deux volumes d'histoire des missions (L'Evangélisation du monde et l'Essor des missions protestantes) Jacques Blandenier est un enseignant et conférencier passionné. Il a été, durant plus d'une vingtaine d'années, le responsables de la formatin d'adultes de la Fédération Romande d'Eglises Evangéliques (F.R.E.E.)


Il vient d'écrire un livre qui met face à face Calvin et Luther. (Titre du livre : Martin Luther – Jean Calvin Contrastes et Ressemblances. L'ouvrage est paru aux Editions Je Sème – La FREE – En Galopin – ch 1162 St Prex Suisse)


Nous publions ici le texte de la conférence qu'il a donné le 18 avril 2009 à Genève

 

 

Calvin, un homme face à la Bible (1)

Jacques Blandenier

 

On a déjà beaucoup parlé de Calvin, il n’est peut-être plus si inconnu pour ceux qui s’intéressent à la question. Mais il me semble qu’il y a de sérieuses lacunes dans ces multiples présentations actuelles de Calvin : on parle beaucoup de son exceptionnelle contribution à l’histoire de la civilisation, mais on laisse presque entièrement sous silence l’importance qu’il attache à la Bible, alors que c’est précisément son imprégnation du message biblique qui est la source ou la racine de tout ce qu’il a pu apporter ; en somme, on s’intéresse au fruit sans se préoccuper de sa racine.

D’ailleurs je suis plus motivé à parler de la contribution spirituelle et doctrinale de Calvin qu’à me focaliser sur sa personne, si remarquable soit-elle.
 

La personne de Calvin


Mais pour commencer, quelques mots quand même de la personne et du caractère de Calvin car elle influence sa manière de lire la Bible, et là aussi, les différences avec Luther sont fructueuses à évoquer. Bien sûr, je vais un peu forcer le trait pour marquer le contraste.

            Luther, c’est un passionné, un extraverti, un homme tout d’une pièce, subjectif. Musicien, il fait chanter sa foi et entraîne les foules. Une vie au cœur de la bagarre, héroïque. En raison de son caractère, et aussi de sa réaction contre l’Eglise catholique, il est allergique à toute forme d’institution ecclésiastique et même de systématisation de la théologie.

Il est docteur en Ecriture sainte, et de haut niveau, mais au fond, il est plus un prophète au sens du terme dans le Nouveau Testament qu’un docteur. Il n’a jamais rédigé une vision globale de la doctrine luthérienne, si ce n’est pas son
Grand Catéchisme, relativement bref et destiné à ceux qui enseignent les enfants, parents, catéchètes et pasteurs. Ajoutons qu’il a gardé de ses années au couvent le sens d’une rupture avec un monde pécheur et sera assez mal équipé lorsqu’il se trouvera, sans l’avoir cherché, à la tête d’un mouvement qui entraîne des foules, des princes, des Etats.
 

Quant à Calvin, c’est un homme d’étude – et c’est à son corps défendant qu’il s’est jeté dans la mêlée. Il est à l’aise dans l’argumentation logique et a une maîtrise exceptionnelle des langues latine et française pour exposer sa pensée avec limpidité. En toute chose, il a horreur de ce qui est flou et désordonné.

De par sa formation de juriste, mais plus encore de par ses charismes, il est un organisateur, tant de sa pensée que de la vie de l’Eglise. Il a
éprouvé le besoin de rendre compte de sa foi de façon ordonnée et systématique dès les débuts de son adhésion à la doctrine évangélique.

« 
On a pu appeler Calvin l’organisateur de la religion réformée : on trouve chez lui moins d’innovations que chez Luther ou Zwingli, mais il structure l’ensemble de sa pensée d’une manière qu’aucun autre réformateur n’a pu égaler[1]. » C’est ce qui apportera un nouveau souffle à la réforme et donnera très vite une expansion européenne au protestantisme.



En général, on se sent plus attiré par un Luther, héros se dressant seul contre un pouvoir ecclésiastique tyrannique, avec sa foi joyeuse et son courage indomptable, que par un Calvin qu’on nous dépeint enfermé dans sa bibliothèque, maladif, sévère, froid, impitoyable. C’est une erreur d’appréciation pour ne pas dire une caricature. Un intellectuel, bien sûr ! Un homme rigoureux, plutôt austère que bon vivant (comme on imagine Luther), d’accord ! Pourtant en lisant ses lettres à ses amis, on perçoit aisément sa sensibilité, sa capacité pour une amitié fidèle, pétrie d’humanité.

De plus, on a presque entièrement passés sous silence son intérêt pour les arts, pour la beauté et même pour les loisirs. Il faut ne jamais avoir lu Calvin pour prétendre que ses exposés sont secs et ardus. Un simple exemple : Un de ses meilleurs amis, le réformateur vaudois Pierre Viret,
a écrit des dialogues (ou discussions, disputations) où on voit des acteurs bavarder et argumenter au coin du feu sur des questions religieuses avant « d’aller boire un verre au café ![2] ».

C’était une façon agréable et pleine d’humour de présenter une théologie évangélique à la portée de tous. Or Calvin a écrit une préface aux trois volumes de ces
Disputations chrestiennes dans laquelle il souligne l’utilité de l’humour dans les discussions théologiques[3].
 

En réalité, j’ai la nette impression que Calvin était très émotif : peut-être jusqu’à la fragilité, au point qu’il craignait de laisser ses émotions altérer sa perception de la vérité – il ne faut pas chercher ailleurs une certaine prudence dans la place qu’il accorde à la musique.


Calvin, c’est vrai, est un peu responsable de la méconnaissance qu’on a de son caractère : pudique, timide, introverti, sont des traits qui viennent à l’esprit quand on découvre le personnage. Bernard Cottret écrit, dans l’introduction de sa biographie de Calvin : « Calvin se dérobe aux caméras ; il est un individu discret, secret. En bref, l’absolu contraire d’une vedette…
[4] » Il le reconnaît lui-même dans son Commentaire du Psaume 58 : « Etant d’un naturel un peu sauvage et honteux, j’ai toujours aimé recoi et tranquillité, je commençai à chercher quelque cachette et moyen de me retirer des gens... J’avais toujours ce but de vivre en privé et sans être connu.»



Et lors d’un des rares passages où il parle de sa conversion, il commence par cette précaution :
« Il est vrai que je ne parle pas volontiers de moi : ce néanmoins vu que totalement je ne m'en puis taire, le plus modestement qu'il me sera possible j'en parlerai. »

             Respectons donc sa pudeur et contentons-nous de ce portrait à peine esquissé. On en verra sans doute apparaître certains traits en décrivant sa façon d’aborder, d’analyser et de prêcher le texte biblique.


(Suite de l'article sous Calvin, un homme face à la Bible (2)



[1]              Francis Higman, La diffusion de la Réforme en France, 1520-1565, Labor & Fides, Genève, 1992, p.108.

[2]              Le fameux "Quart d’heure vaudois" de la Radio Suisse Romande s’en est-il inspiré ? En tout cas on retrouve l’esprit du même terroir vaudois ! Higman reproduit un de ces dialogues traitant du purgatoire (où, en fait, il y a quatre personnages : un traditionnaliste catholique, un joyeux compagnon à l’esprit ouvert, un douteur – qu’il appelle Thomas – et un évangélique bien fondé) (op. cit., p. 145-147).

[3]              Réédités en 1971 par la Bibliothèque Romande : Deux dialogues de Pierre Viret, avec notes et postface de Jaques Courvoisier.

[4]              Bernard Cottret, Calvin, biographie, J.C. Lattès, Paris, 1995, p. 9.




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