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Publié par frère jacques

 

Calvin, un homme face à la Bible (2)


Jacques Blandenier


Calvin et la Bible

Il faut se souvenir que Calvin appartient à la deuxième génération de la Réforme. Il était un tout petit garçon quand le docteur Luther, en scrutant passionnément les Ecritures, fit la découverte libératrice de la grâce de Dieu qui justifie le pécheur. Et cela a entièrement changé la vie de Luther.

Dès lors, pour lui, la Bible a infiniment plus de poids que les enseignements et les décrets de l’Eglise. Mais il n’a pas cherché à démontrer pourquoi la Bible a une autorité exclusive, au dessus de celle du clergé. C’était pour lui une évidence, fruit de son étude du texte biblique et confirmée par son expérience vécue : il lui était impossible de reculer, il ne pouvait qu’en témoigner et partager sa joie pour que le peuple qu’il aimait connaisse la même libération.

Et en effet sitôt après sa comparution devant les grands de l’Empire, à Worms, Luther, caché au château de la Wartbourg, s’attela à la traduction du NT puis de la Bible entière, convaincu qu’il était prioritaire que chaque chrétien puisse avoir accès à la Parole de Dieu dans sa langue : Entendre Dieu lui parler directement, comme un enfant entend la voix de sa maman.

C’est une révolution : dès lors, les fidèles ne sont plus dépendants d’un clergé détenteur exclusif de la vérité pour connaître Dieu en entendant sa Parole par la lecture de la Bible.

Avec cela, Calvin, est pleinement à l’unisson. Pourtant sa rencontre avec la Bible a suivi un itinéraire différent. Marqué par ses études dans un contexte universitaire humaniste, il a tout d’abord pris conscience de l’importance et de l’autorité de l’Ecriture sainte pour purifier la doctrine chrétienne. Ad fontes (slogan de l’humanisme), retour aux sources, par delà les dogmes et traditions surajoutées à la Révélation, et redevables à la religiosité humaine plutôt qu’à la vérité biblique.

Pour Calvin, ce ne fut pas une démarche intellectuelle seulement, car lui aussi a fait l’expérience de la peur du jugement divin, puis d’une libération du joug des œuvres et des mérites en lisant le message de la grâce dans les épîtres de Paul. Il évoque alors et avec beaucoup d'intensité son expérience – il le fait sous la forme d’une prière, ce
qui est une façon de faire comprendre que l’acteur principal est Dieu 1.

Il est frappant de trouver chez Calvin, que d’aucuns dépeignent comme "froidement cérébral", l'expression d’un profond désarroi intérieur, moral et affectif. En lisant des extraits de ce texte, on constate que l’image de Dieu qu’on lui avait inculquée était la même que celle que connut le jeune Luther :

« Les maîtres et docteurs du peuple chrétien prêchaient bien Ta clémence envers les hommes, mais seulement envers ceux qui se rendaient dignes d'elle. Finalement ils mettaient une si grande dignité en la justice des œuvres que celui-là seul était reçu en grâce qui, par ses œuvres, se serait réconcilié avec Toi.

Et du fait que Tu étais un juge rigoureux, vengeant sévèrement l'iniquité, ils montraient combien épouvantable devait être Ton regard. C’est pourquoi ils commandaient que l'on s'adressât premièrement aux saints, afin que par leur intercession Tu nous fusses rendu et fait propice.

Toutes les fois que je descendais en moi ou que j'élevais le cœur vers Toi, une si extrême horreur me surprenait, qu'il n'était ni purifications ni satisfactions qui m'en pussent aucunement guérir. Mais parce que rien ne s'offrait de meilleur, je poursuivais le train que j'avais commencé.

C’est alors qu’il s'est élevé une bien autre forme de doctrine, non pas pour nous détourner de la profession chrétienne, mais pour la ramener elle-même à sa propre source et pour la restituer, comme émondée de toute ordure, en sa pureté. Mais moi, offensé de cette nouveauté, à grand-peine ai-je voulu prêter l'oreille, et confesse qu'au commencement j'y ai vaillamment et courageusement résisté.

Mais lorsque mon esprit s'est appareillé à être vraiment attentif, j'ai commencé à connaître, comme qui m'eût apporté la lumière, en quel bourbier d'erreurs je m'étais vautré et souillé et combien de boues et macules je m'étais honni. Moi donc, selon mon devoir, étant véhémentement consterné et éperdu pour la misère en laquelle j'étais tombé, je n'ai rien estimé m'être plus nécessaire, après avoir condamné en pleurs et gémissements ma façon de vivre passée que de me rendre et retirer en la Tienne.

Maintenant donc, Seigneur, que reste-t-il à moi, pauvre et misérable, sinon t’offrir pour toutes défenses mon humble supplication que tu ne veuilles me mettre en compte ce tant
horrible abandonnement et éloignement de ta Parole duquel par ta bénignité merveilleuse tu m’as une fois retiré ? »

Si on analyse ces deux cheminements, on s’aperçoit qu’ils ont le même point de départ et la même arrivée, mais par des voies différentes. Luther, écrasé par un sentiment de culpabilité, se convertit en lisant la Bible qui lui apporte le message de la paix avec Dieu.

Calvin, comme jeune intellectuel humaniste lit la Bible. Or la lecture de la Bible, loin de l’apaiser, lui fait découvrir son éloignement de la vérité et le caractère vain et même blasphématoire de sa prétention à obtenir le salut par ses efforts. On vient de lire ces dernières lignes : « mon humble supplication que tu ne veuilles me mettre en compte ce tant horrible abandonnement et éloignement de ta Parole duquel par ta bénignité merveilleuse tu m’as une fois retiré. » 

Sa conclusion sera la même que celle de Luther : Il faut que chacun puisse accéder au message biblique pour vivre la liberté des enfants de Dieu. Ecrivant la préface de la traduction française de la Bible faite en 1535 par son cousin Olivétan, il plaidera la même cause que ses devanciers réformateurs :

« Tout ce que je demande, c’est qu’il soit permis au peuple croyant d’écouter Dieu lui parler et d’être enseigné par lui. Quand nous voyons des hommes de toute condition profiter à l’école de Dieu, nous reconnaissons la vérité de la promesse divine : Je répandrai de mon Esprit sur toute chair. Certains frémissent et s’indignent, mais qu’est-ce donc, sinon reprocher à Dieu sa générosité ?»


(Suite de l'article sous Calvin, un homme face à la Bible (3)  pour l'instant en chantier
merci de patienter.

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1 La même remarque peut être faite à propos des Confessions de saint Augustin.



Partie de l'auditoire lors de la conférence du 18 avril 2009
sur Calvin
à l'Eglise de la Pélisserie  de Genève Suisse

 

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