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Publié par frère jacques

Frère Jacques médite une histoire de bandits avec la communauté de l’Eglise Protestante Unie de Belgique - Bd Herbatte à Namur – Belgique - le Dimanche 11 juillet 2010 (l’Evangile de Luc 10:25-37)

 

Un homme vient de se lever au beau milieu de l’assemblée réunie. C’est un légiste, un docteur de la loi religieuse. Il  est chargé de l'interpréter, et de la faire respecter. L’homme qui questionne Jésus est probablement membre de la secte des Pharisiens. En effet, les Pharisiens croyaient à la vie future et à la résurrection des morts. Ce qui n’était pas le cas des Sadducéens. Sa question semble au premier abord très sérieuse, simple, directe. « Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ? »

 

Nous pourrions nous arrêter ici et tenter d’analyser les arguments de ceux qui croient en une vie future et de ceux qui n’y croient pas. Ou encore regarder comment les partisans de la vie dans l’au-delà se l’imaginent. Examiner la manière dont les pharaons, les musulmans, les chrétiens, et d’autres courants philosophiques perçoivent ou ne perçoivent pas cette vie éternelle. Si le légiste de l’Evangile de ce dimanche semble croire, à cette vie éternelle, moi, est-ce que j’adhère à ce concept ?  Est-ce que toi tu penses qu’il y a une vie après la mort ?  Si nous répondons oui, alors nous pouvons reprendre à notre compte la question : « Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ? »

 

Ce docteur de la loi debout au milieu de l’assemblée sait parfaitement ce qu’il doit faire. En réalité il ne cherche pas une réponse. Il poursuit un seul objectif : piéger Jésus. Jésus va lui faire comprendre qu’on ne joue pas avec l’avenir, et que la notion de vie éternelle mérite respect et attention. Puisque l’homme qui interroge Jésus est un docteur de la loi, Jésus le rejoint sur son terrain.  Qu’est-il écrit dans la Loi ? Qu’y lis-tu et quelle interprétation lui donnes-tu ?

 

Sans aucune hésitation notre homme cite la loi : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur et de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée. (Deutéronome 6:5) et ton prochain comme toi-même”  (Lévitique  19:18). J’ai envie d’applaudire mais je ne veux pas me laisser impressionner par ces belles paroles. Car cet homme de loi n’aime pas le Seigneur de toute sa pensée, ni de toute sa force. Son coeur est tortueux, rempli de pièges. Il le montre très clairement en posant une nouvelle question. Qui est mon prochain ?

 

Je m’interroge sur le sérieux de cet homme qui a reçu la mission de donner à la loi ses titres de noblesse, que sont  pour moi justice, honnêteté, humanité, et chemin de Vie. Mais l’homme est loin d’incarner ces valeurs, il se révèle être un vrai loup, un filou, un arnaqueur, un escroc qui chasse et pose ses pièges et qui attend.

 

Le Psaume 10 dresse le portrait de ce type d’individu.  « Le méchant est aux aguets dans sa retraite, comme le lion dans sa tanière, Il est aux aguets pour surprendre le malheureux; Il le surprend et l’attire dans son filet. Le méchant méprise l’Eternel. (v3) (v7)  Sa bouche est pleine de malédictions, de tromperies et de fraudes; Il y a sous sa langue de la malice et de l’iniquité. (v8)  Il se tient en embuscade près des villages, Il assassine l’innocent dans des lieux écartés; Ses yeux épient le malheureux. (v10) Il se courbe, il se baisse, Et les misérables tombent dans ses griffes.

 

L’Evangile de ce dimanche nous invite donc à la plus grande prudence. Ouvrons l’œil et les oreilles car l’ennemi de nos âmes est aux aguets pour nous faire tomber. A la question « Qui est mon prochain ? » Jésus va consacrer du temps et tenter de remettre l’homme de loi sur le droit chemin de l’interprétation et du véritable sens à donner à la loi. Pour cela, il va utiliser une histoire  dans laquelle se cache une vérité à découvrir.

 

Il va mettre en scène quatre personnages et la situer dans un cadre géographique : la route qui relie deux villes, Jérusalem et Jéricho. Mais que vont-ils donc, tous les quatre, faire à Jéricho. Voyagent-ils pour des raisons professionnelles ? Mystère ! Vont-ils y passer des vacances ? Mystère ! Vont-ils à un mariage, ou à un service funèbre ? Nous n’aurons pas plus de réponse.

Mais ce que l’histoire nous dit est que le premier homme, à prendre la route, est un anonyme, pas de nom, pas de fonction, pas de nationalité. Jésus voudrait-il dire que cette histoire pourrait être celle de n’importe qui, la vôtre, la mienne.  Bref, ce personnage qui voyage fait une série de mauvaises rencontres.

 

 

La première, avec des brigands. Ils lui ont tendu un piège, le dépouillent de tout ce qu’il possède;  Ils le rouent de coups pour finalement l’abandonner à la mort.

 

Sur la deuxième rencontre, Jésus nous dit trois choses. (1) Elle est provoquée par le hasard. (2) L’homme qui arrive est membre du clergé. (3) Il semble bien avoir remarqué au bord de la route l’homme tombé dans une embuscade, mais il ne s’attarde pas. Il ne se pose  aucune question. Est-ce que le blessé est encore en vie, a-t-il besoin de secours, ou est-il déjà mort ? Visiblement ce prêtre n’a pas compris que le voyage qu’il effectue s’inscrit dans le comme par hasard du plan de Dieu. Voilà pourquoi il passe outre.

 

Sa troisième rencontre se fait avec un Lévite c’est-à-dire avec un assistant du Prêtre et du Temple, un fils de la tribu de Lévi. Arrivé sur les lieux du drame, il a bien vu le malheureux mais lui aussi poursuit sa route sans s’arrêter. Certains verront dans ces deux hommes au service de Dieu des  salauds. Des hommes que la justice devrait condamner pour ne pas avoir porté secours à leur prochain en danger de mort.

 

D’autres au contraire seraient tentés de voir en eux des hommes fidèles, droits, et obéissant rigoureusement à la loi. Ils s’appuieront en effet sur un article de la loi sacerdotale qui leur interdit de toucher un mort, nous faisant ainsi découvrir qu’ils n’ont agit ni par méchanceté, ni par ce que leur cœur aurait été insensible. (lire : Lévitique 21:1-4 Ezéchiel 44:25-27)  Ils n’avaient donc pas le droit d’intervenir. Peut-être me direz-vous qu’ils auraient pu tout au moins vérifier l’état du blessé, lui demander de quoi il avait besoin.

 

Mais pour vérifier, il faut toucher...sentir si le coeur bat toujours et dans le cas où l’homme est déjà mort... Vous voyez les choses ne sont pas si simple qu’il y paraît. Ces deux hommes n’ont fait que respecter la loi et ils ont été coincés. Ils en sont devenus les victimes. Peut-être auraient-ils dû laisser parler leur cœur, et manifester leur amour envers cet inconnu blessé et si proche d’eux.

 

Quatrième rencontre.  Sur cette même route, cette fois, c’est un Samaritain qui voyage. Ici, ce n’est pas par hasard que Jésus introduit dans la Parabole, un Samaritain. Pour les Juifs, le Samaritain est un ennemi, un schismatique. Il ne pratique pas la vrai religion, c’est quelqu’un d’impur, donc une personne à ne pas fréquenter. Il n’adore pas comme nous et son lieu de culte ne se situe pas à Jérusalem, mais sur une autre montagne. Et contre toute attente c’est cet homme que Jésus donne en exemple.Le Samaritain qui passe voit l’homme tombé entre les mains des brigands. Il ne se pose pas la question de savoir si la victime est juive, ou samaritaine, pratiquante ou non ou que sais-je encore. Il laisse tout simplement parler son cœur par ce qu’il découvre.

Sans plus attendre, il porte secours à cet homme qui n’a que trop attendu. Il se rend présent et fait du blessé l’objet de sa seule préoccupation. Il prend sur son temps de voyage, sur ses propres biens, son huile, son vin, ses pansements, offre son âne comme moyen de locomotion pour le conduire à l’auberge.

 

A cet homme qui n’a plus un centime en poche, il  fait don de deux journées de salaire pour qu’il puisse être soigné et s’engage à donner plus si cela s’avérait nécessaire. Quelle grandeur d’âme direz-vous ! Oui, mais je ne veux pas m’attarder sur tous ces merveilleux gestes aujourd’hui. Il me semble qu’il y a quelque chose d’autre à découvrir dans cette histoire. En effet, je désire revenir avec vous sur cette première rencontre sur ce chemin de Jérusalem à Jéricho, disons de ce chemin qui mène vers la vie éternelle, un chemin où l’on rencontre toutes sortes de voyageurs.

 

Car voyez-vous j’aimerai vous parler des agresseurs, tant il est vrai qu’on n’en parle jamais. D’ailleurs, il ne nous viendrait jamais à l’idée de nous identifier une seule seconde à ces bandits, qui frappent, dépouillent, et laissent le prochain à moitié mort au bord de la route. On ne tue pas nous, on ne volent pas, on n’agresse pas nous et pourtant il nous arrive, certes, inconsciemment d’être des bandits de nos frères et nos sœurs. Certains événements, certaines de nos paroles, certains de nos échanges peuvent d’une façon invisible, et sans bruit, sans même que nous en prenions la mesure, blesser notre frère, notre sœur et le laisser sur la route à demi-mort.

 

Peut-être que le blessé, c’est toi. Certains sont passés à tes côtés sans même voir ta souffrance. D’autres se sont peut-être approchés de toi qui connais la maladie, le deuil, le divorce, de toi victime d’un viol, d’un accident de la circulation, d’une catastrophe, d’une erreur judiciaire. Mais toi, tu considères que la vie a trop vite repris son cours et tu ressens, avec une blessure plus profonde encore, le souvenir de leurs pas qui se sont éloignés.

 

Je te demande maintenant de regarder encore une dernière fois cette histoire que Jésus vient de nous raconter. Car le v35 parle du lendemain de l’agression. Mais me mettons pas toujours trop en avant l’engagement financier du Samaritain.

 

Moi, je voudrais aller plus loin que la promesse que fait le Samaritain à l’aubergiste. L’accompagnement d’une victime, l’aide que nous sommes appelés à lui apporter, ne doit pas nous empêcher de poursuivre notre route, notre voyage, notre mission. Le Samaritain avait quelque chose à faire à Jéricho, et il devait le faire. Comme il ne peut rester plus longtemps au chevet du blessé il le confie aux bons soins de l’aubergiste. Saurons-nous, une fois notre mission accomplie passer le relais à d’autres ?

 

L’histoire que Jésus a racontée se termine par : « Va et toi fait de même »

 

En conclusion :

Qui est, en cet instant, est mon prochain ? Face à lui qu’ai-je à apprendre ? - à changer, à réviser  ? - à  mieux vivre ?

Bonne semaine de méditation.

 

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