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La parabole des deux frères est archi connue. Mais oserions-nous prétendre tout savoir, tout connaître, avoir tout exploré ? Vous savez le fils cadet de la parabole croyait tout connaître. Il croyait avoir tout appris et n’avoir plus rien à apprendre. Il était même arrivé à la conclusion qu’il n’avait plus rien à faire chez ses parents.

Depuis belle lurette, il a soif d’une autre vie, d’une vie différente, libre de toute discipline, de toute contrainte. Le travail ne semble plus l’intéressé. Il veut profiter de la vie. Mais pour partir, il faut de l’argent, beaucoup d’argent. Et comme il n’a peur de rien, il a le culot de demander à son père, sa part d’héritage. Donne-moi ma part.

Je crois même comprendre que ce fils a la ferme intention de ne plus jamais remettre les pieds chez son père. Et si papa vient à mourir, qu’importe, j’ai déjà touché ma part de l’héritage. Quant à mon grand frère, je n’aurai même plus besoin de croiser son visage. La vie s’ouvre enfin devant moi. Je vais pouvoir prendre le boulevard de la liberté, faire ce que je veux, où je veux et quand je veux. Allez tchao ! J’ai comme une impression, que ce gas-là est entrain de confondre Vie et Liberté. Vie et en-Vie (envie). 

Enfin laissons-le partir pour ce pays éloigné auquel il a tant de fois rêvé. Les psychologues nous diront qu’il ne faut pas trop s’en faire pour lui, car il a réussi à mettre son projet à exécution. Enfin ce fils devenu riche grâce à la moitié de l’héritage s’en va rouler sa bosse. Il s’en va mettre de la distance entre lui et sa famille. Pour lui, il y aura peut-être beaucoup moins de tension. C’est vrai et cela se justifie.

Maintenant que le fils cadet s’en est allé, allons rendre visite au Père. Il a mis au monde deux fils, aussi dissemblables que possible. Deux fils qui représentent les deux extrêmes et qui englobent toute la gamme de variations possibles. Tout le monde le sait, une telle différence ne peut que provoquer des surprises. La Bible nous l’a déjà mainte et mainte fois démontré. Caïn le fils assassin et Abel la victime. Ismaël le fils chassé et Isaac le fils qui marche portant le bois pour le sacrifice. Esaü et Jacob - Ruben et Joseph - Benjamin et Judas. On pourrait même aller voir du côté des disciples - Pierre et Thomas - Jacques et Jean.

Ce père de la Parabole, au fond de lui-même, vit un grand drame. Pour lui c’est un échec. Il ne comprend pas qu’il ait pu donner la vie à un tel fils. Et il n’a pas encore tout vu. Le temps qui passe va même le conduire à découvrir le véritable caractère de son aîné. Alors ce père se tait, et pleure, tout seul, dans son coeur.

Pour l’heure, il lui faut s’occuper de ses serviteurs, de ses salariés, de ses champs. Réduit à l’impuissance, il ne capitule cependant pas. Il lui faut rester ce qu’il est, c’est-à-dire, père, chef d’entreprise, homme responsable. J’aime ce père qui ne se laisse pas écraser par un tel fils. Sa vie doit continuer et elle continue. Il continue sa lourde tâche de père de son fils aîné, de patron de l’entreprise, et d’amour pour ses serviteurs. Je voudrais dire aux parents, aux grands-parents qui ont peut-être de tels enfants, de ne pas se laisser abattre ou détruire par ce qui leur arrive. Laisser Dieu gérer ces situations qui vous font mal et faites Lui confiance.

Voici que le récit évangélique nous apprend que le fils dépense sans compter et qu’il vit dans la débauche, qu’il fréquente les prostituées et mange avec elles. Il gaspille son bien, il gaspille son corps. Il descend dans les enfers de la prostitution. Ce qui devait être pour lui le pays de la vie n’est autre que le pays de la mort, de la mort plus vivante que jamais. Ce qu’il n’avait pas prévu, ce qu’il n’avait même pas voulu imaginer est entrain de se produire. Le vent a soufflé et son bonheur s’est envolé. Ce fils qui ne voulait plus de père, le voilà qu’il rencontre une mère... Mère famine, mère désillusion, mère pour lui ouvrir les yeux.

Une mère, pour lui révéler que son rêve de garçon, prend fin. Que ce pays où il a fui est un pays où le rêve fait place à la dure réalité : la famine qui s’installe. Mais, ce jeune croit encore qu’il pourra s’en sortir tout seul. Sa force de caractère le pousse inexorablement vers un patron prêt à l’embaucher... pour garder des cochons.

Le voilà, lui, fils de patron, tombé aux mains d’un employeur qui ne se soucie même pas de savoir si son ouvrier a de quoi manger. Regardez-le, ce fils, il rêvait de liberté, il n’est même pas libre au milieu des porcs. Libre de manger leur nourriture. Il se regarde, il se découvre "impur" au milieu des "impurs" Sale, au milieu de la saleté. Porc au milieu des porcs.

Des images fortes, des odeurs tenaces, viennent tout à coup désencombrer sa raison. La maison du père fait place à la porcherie. La faim qui le tenaille lui rappelle le pain frais de la maison paternelle. Il revoit la manière dont son père traite ses propres ouvriers et l’amour qu’il leur témoigne. Ici, il découvre qu’il n’est pas aimé par le propriétaire de ce troupeau de porcs dont il a la surveillance. Pourquoi rester ici, et continuer à vivre comme un moins que rien. Comme un "porc" au milieu des porcs. Il prend la décision du retour à la case départ.

Il retourne chez papa pour confesser sa faute, son erreur d’appréciation quant à l’amour qui lui était témoigné. Il retourne pour crier qu’il n’est plus digne d’être appelé fils et pour lui demander d’être traité comme un serviteur. Oui, c’est comme cela qu’il pourra retrouver l’amour d’un père qui pourvoit aux besoins de ses ouvriers et qui les aime.

Regardez-le courir, lui qui s’était juré ne plus remettre les pieds à la maison paternelle. Il revient sans rien, pauvre, sale, et puant. Dans son coeur, et dans sa tête tout est changé, tout est véridique, authentique. Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi. Quelle merveilleuse rencontre que celle du père ému de compassion avec son fils repentant !

Ces retrouvailles sont vécues dans un esprit de fête, et de joie retrouvée. C’est le passage de la mort vers la vie. Mon fils était mort... il est vivant, crie le père. En quelques heures, toute la maison est remplie de musique, et de danse. La table est pleine. On mange le veau spécialement engraissé pour la circonstance.

Oui vraiment la résurrection est passée dans cette maison. Nous ressemblons souvent au fils de la parabole. Notre soif de liberté, nos envies de goûter à l’indépendance, nous amènent à faire de douloureuses expériences.

 

Cette histoire nous apprend que la vie sans Dieu, ça ne marche pas, il manque l’essentiel, il manque la lumière, il manque la vie. Rappelons-nous toujours que les erreurs que nous commettons, si grandes soient-elles ne nuisent pas à la fidélité de l’amour de Dieu.

Quand nous sommes tombé au fond du gouffre du péché et du désespoir ne nous replions pas sur nous-mêmes et sur nos bêtises, mais ouvrons nous à la vie que le Seigneur nous donne, et osons lui dire comme le fils de la Parabole : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi.

Le pardon et l’amour de Dieu nous seront toujours disponibles comme l’eau de la source. Quelle formidable source d’espérance ! Saurons-nous saisir l’amour que Dieu nous témoigne en Jésus-Christ pour repartir joyeux, le cœur léger, vers de nouveaux horizons de vie que Dieu veut nous faire découvrir.

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