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Publié par frère jacques

Méditation  donnée par frère jacques 

Lectures  :  Psaume 104:1-2  Esaïe 40:1-11  Tite 2:11-14 et 3:4-7   Luc 3:15-22

 

Je vous invite à rejoindre un homme qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui ne mâche pas ses mots . L’homme est vêtu d’une manière très originale. Il apprécie manger du miel et des coléoptères. Son discours est enflammé.

Ecoutez plutôt : Bande de serpents, changez de mentalité. Ne vous réfugiez pas derrière votre ancêtre Abraham. Le jugement divin est proche. La hache est prête. Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. L’homme qui tonne ainsi de la voix semble gagner en confiance. Sa crédibilité et son autorité sont reconnues par tous. Nombreux sont ceux qui viennent le voir parce qu’ils croient qu’il pourrait être ce libérateur qu’ils attendent tous.

Nous sommes, ce matin, sur une des rives du plus important cours d’eau du pays dont le nom signifie "celui qui descend".

Il a trois sources. La source orientale se trouve à Banias, l’ancienne Césarée de Philippe. La source centrale à Tell el-Kadi, l’ancienne ville de Dan. La troisième source, la plus septentrionale et la plus élevée des trois est intarissable; elle jaillit au-dessus d’Hasbeya. Et pour compléter quelque peu notre notion de géographie disons encore que ce fleuve qui mesure 167 km de long, commence sa course à environ 300 mètres au-dessus du niveau de la Méditerranée et se meurt 366 mètres au-dessous de la Méditerranée, dans une mer qui devient sa prison : la mer morte. Soit un dénivelé de 666 mètres.

Il est le seul fleuve du monde dont le cours se déroule principalement au-dessous du niveau de la mer. Il mérite son titre de "Celui qui descend" :  Le Jourdain.

Après ces quelques notions de géographie, voici quelques notions d’histoires qui tournent autour de ce fleuve.Vous vous rappelez que Lot, le neveu d’Abraham s’installa dans la plaine du Jourdain qui était comme le pays d’Eden avant la destruction de Sodome et Gomorrhe. (Genèse 13.10-13) Josué 3:14-17

Au temps de Josué on voit les sacrificateurs qui portent l’arche de l’Alliance descendre les premiers dans les eaux tumultueuses du Jourdain; dès que leurs pieds touchent l’eau, les eaux du fleuve se coupent en deux. Ils s’arrêtent au beau milieu du fleuve jusqu’à ce que toute la nation achève de passer le Jourdain à pied sec.  Le temps nous manque pour parler de Gédéon et des fuyards madianites,  de David fuyant la colère de son fils Absalom, de  la fin de carrière d’Elie et d’Elisée ramassant le manteau du prophète, de ce général syrien lépreux qui trouva que les eaux de sa Syrie natale étaient bien plus propres que celle du Jourdain…

Et pour répondre à ceux qui auraient des doutes sur la véracité de l’histoire de la traversée du Jourdain à pied sec devant la ville de Jéricho,  je citerais brièvement la nuit du 7 au 8 décembre 1267 qui vit les eaux du Jourdain s’arrêter de couler durant  16 heures suite à un éboulement.   L’événement se reproduit 2 autres fois encore. En 1906 et en 1927. Cette année-là, un rocher tomba au travers du fleuve et barra durant 21 h 30 le passage des eaux.

Oui l’histoire du Jourdain est riche d’enseignements. 

Après avoir ensemble surfé sur ces deux vagues d’histoire et de géographie, je vous invite à reprendre le récit du médecin qui a enquêté sur l’ homme qui haranguait les foules sur les rives du Jourdain. Il en fait rapport dans une lettre qu’il adresse à un certain Théophile. Pour lui, cela ne fait aucun doute, les foules ont parfaitement compris ce que signifie : La hache est déjà prête à couper les arbres à la racine.

D’ailleurs les auditeurs lui demandent ce qu’ils doivent faire. Il leur répond : Que celui qui a deux chemises en donne une à celui qui n’en a pas et que celui qui à de quoi manger partage.  Jean appelle donc ceux qui l’écoutent à ne pas rester fermés sur eux mêmes mais à s’ouvrir aux plus démunis.  Bien des années plus tard l’Apôtre Paul dira à ceux qui l’écoutent qu’il y a plus de bonheur (de joie) à donner qu’à recevoir.

Aujourd’hui cette recommandation de Jean Baptiste n’a rien perdu de son actualité. Il y a de plus en plus de personnes qui vivent dans notre pays sous le seuil de pauvreté, de démunis, de sans abri, de sans travail… Partageons nos biens, mais aussi notre temps, notre savoir avec les autres, il en va de notre bonheur. Parmi la foule, l’enquête révèle  qu’il y a des collecteurs d’impôts. On y apprend aussi qu’il y a des soldats.  Leur interrogation est toujours « Que devons-nous faire ? » Ici, Jean indique trois pistes à suivre. Primo : Exercez votre mission sans violence;  Segondo ne faites de tort à personne.

Quand on a un peu de pouvoir, il arrive qu’on soit tenté d’en abuser, et d’en outrepasser les limites. Tercio, contentez-vous de votre solde ! On peut se demander si ces soldats ne recevaient pas parfois des pots-de-vin... Allons plus loin et remplaçons les soldats par des travailleurs. Alors avis à tous les cols bleus ou cols blancs… faites correctement votre travail, sans violence, n’abuser pas de votre pouvoir, et ne laissez pas les pots de vin entrer dans votre vie. L’homme que tous prennent pour le Messie et qui n’est pas le Messie les appelle à changer de comportement - Désormais leur vie doit entrer dans plus de partage, plus de justice, et plus de rigueur dans l’administration de leurs biens. C’est à une vie tournée vers le prochain que ces foules sont appelées à vivre. 

Nous percevons bien ce matin combien le message du Baptiste reste d’une actualité brûlante pour cette année 2010. Saurons-nous chacun laisser raisonner dans nos cœurs et nos vies ce message dont  Jean Baptiste se fait l’échos ?

Attention, voici qu’arrive déjà le successeur de Jean-Baptiste. Il vient moissonner. Sa mission : amasser le grain dans son grenier, brûler la paille dans un feu éternel. Luc l’enquêteur ouvre ici une parenthèse pour ancrer son récit sous le règne d’Hérode le Tétrarque, ce roi qui a cédé à une passion coupable, en répudiant sa femme, fille du roi Arétas d’Arabie pour épouser Hérodias, fille d’Aristobule, c-à-d sa belle sœur.  

On devine que cette parenthèse n’est pas là, ouverte par hasard, mais pour nous dire que la vie de Jean le baptiste  est en danger. Son message dérange Hérode n’est pas prêt à changer de mentalité; il n’a nullement l’intention de réformer ses voies. Sa deuxième épouse ne va pas se laisser impressionner par un mangeur de miel et de sauterelles. Jean se retrouve en prison, mais n’anticipons pas trop vite sur son exécution. Car voici qu’un homme d’une trentaine d’années, vient d’arriver du petit village de Nazareth. Rien ne le distingue de ses concitoyens.  Comme eux, il écoute les exhortations (Luc 3:18) et la bonne nouvelle que prêche Jean-Baptiste.

Il s’est joint à la foule des baptisés, pour vivre pleinement son incarnation. Il s'est rapproché des petits et des pécheurs, il s’identifie à eux. Avec eux et comme eux, par la prise de son baptême il vient témoigner de son désir de  vivre une vie pleinement vertueuse, toujours en accord avec la volonté de son Père. « Voici pendant qu’il prie, le ciel s’ouvre et le Saint-Esprit descend sur Jésus»  

Depuis bien longtemps Dieu ne parlait plus et n'intervenait plus par ses prophètes en faveur de son peuple; les Juifs ne disaient-ils pas que le ciel était fermé ? - comme nous disons parfois que  Dieu ne nous entend pas.  Avec le baptême de Jésus, le ciel s'ouvre et Dieu sort de son silence. Il fait entendre sa voix : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j'ai mis tout mon amour.» (ou ma joie) Attention, ne nous trompons pas, Jésus de Nazareth n'est pas un prophète parmi d'autres, il est le Fils de Dieu, il est Dieu lui-même venu chez les hommes.

Cette parole du Père marque un nouveau départ dans la vie de ce nouveau baptisé. Il ne retourne pas dans son village de Nazareth, il ne reste pas au désert aux côtés de Jean-Baptiste, mais il prend la route de l'engagement qui passe par la Judée, la Galilée, la Samarie, la Décapole.

Une route  pleine de tentations, de tempêtes où il va devoir faire face à la faim et la soif des hommes.

Une route ou errent des foules languissantes et sans berger.

Une route où la violence, la menace, l’incompréhension, la mort sévissent, où la croix se profile à l’horizon.

Une route de mission dans un milieu qui a sa mentalité, ses couleurs, son langage, sa politique, ses accidents,  ses maladies, ses possédés...

Une route qui traverse des villes,  des villages, pour faire passer de fêtes de fêtes, de tables en tables la Bonne Nouvelle : « Le Royaume est au milieu de vous… Vous êtes invités à y entrer. »

Et si en ce jour où nous évoquons le baptême de Jésus nous nous remémorions notre propre baptême. Je sais, par mon expérience pastorale, que parler de notre propre baptême peut ouvrir dans nos cœurs, dans nos mémoires de douloureux souvenirs.

Que de débats théologiques n’ont-ils pas été ouverts pour se terminer par la grande victoire de celui que la Bible appelle le rusé, le menteur, le meurtrier depuis le commencement. Mais le chrétien ne vit pas dans le passé, il vit dans le présent, il va vers un futur connu de Dieu et se nourrit des paroles de Dieu. Tous les baptisés sont les enfants bien-aimés du Père, appelés à vivre en frères et sœurs dans la grande famille chrétienne.

Le baptême de Jésus ne nous rappelle-t-il pas que nous avons, nous aussi, une mission particulière en ce monde. Dieu compte sur nous pour que, par notre témoignage d'amour nous réalisions un peu de son plan de salut sur le monde.

La vie du baptisé, celle qui coule dans nos veines, n'est pas seulement humaine, elle est divine, pas seulement terrestre, elle est céleste, pas seulement temporelle, elle est éternelle.

En route sur ce chemin du partage, agissons sans violence, sans faire de tort à personne, sans abuser de notre pouvoir. Et mettons-nous à l’écoute de Jésus, Fils de Dieu, avec dans nos cœurs un amour pour Dieu et notre prochain dynamisé par l’Esprit qui reposait sur Jésus. Qu’il soit donc aussi sur chacun de nous !

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