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Frère Jacques médite le texte de Matthieu 13.1-13

Le récit que nous allons méditer est archis connu. Et pourtant, il reste un texte plein de fraîcheur, de vie et d’espérance. Nous avons ici affaire à une parabole, c’est-à-dire un récit symbolique utilisé pour faire découvrir une vérité cachée. 

 

La première chose qui me frappe en lisant cette Parabole c’est le parallélisme entre Jésus et un semeur, entre la semence et la foule. Jésus sort de la maison et s’installe au bord du Lac. Dérangé par une foule qui se rassemble, il monte dans une barque, s’assoit puis se met à raconter une histoire, dans laquelle se trouve cachée une vérité à découvrir.

 

Le semeur sort de chez-lui pour aller semer dans un champ. Sa semence tombe en terre, elle aussi est dérangée. Elle nous livre son histoire, une histoire de graines. La voici tombée au bord du chemin, tombée sur un sol pierreux, dans des ronces. A ce stade, je me dis : « Pauvres graines ! Et pauvre semeur ! Quel effroyable destin  que celui de ces graines !  

 

J’ai l’impression que le semeur a travaillé en vain. Sa récolte ne lui fera pas dire comme le paysan d’une autre parabole : « Ma récolte est si importante, que je vais abattre les murs de mes granges et en construire de plus grandes pour y amasser ma récolte. »  Je crois pouvoir dire que le semeur de la parabole de ce matin fait face à une série d’échecs.

 

Tantôt ces semences sont picorées par des oiseaux, et si par bonheur elles ont donné de jeunes pousses, les voici brûlées par les rayons du soleil ou rattrapées dans leur croissance par des ronces qui les étouffent. Cette histoire pourrait se terminer sur cette série d’échecs, et nous pousser à croire que le semeur a véritablement perdu son investissement en temps et en argent. Mais voilà, Jésus vient nous donner une véritable leçon d’espérance.

 

A tous ceux qui dans leur vie ont l’impression d’avoir échoué lamentablement, Jésus pose sur eux un regard de compassion et d’amour.

Il leur dit : « Quand tu jettes un regard sur ta misérable vie,  quand tu considères les faiblesses de l’Eglise,  quand tu observes tout ce qui se passe dans ce monde, ne te laisse pas emmurer par tes constatations pessimistes, ne tombe pas dans le puits du découragement.

 

Ecoute ceci : « D’autres graines tombèrent dans la bonne terre. Elles donnèrent du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Que tes oreilles l’entende. »

 

L’ensemencement du champ n’est donc pas voué à l’échec. Le travail finit par réussir. Et au final le semeur n’est pas déçu. Puisque cette parabole fait référence à une réalité de l’époque n’est-il pas temps d’en révéler le sens caché, et d’en tirer des leçons pour notre temps ?  Il ne fait pas de doute que cette parabole nous entraîne dans la réalisation du Royaume de Dieu. Certes on est loin de sentir ce Royaume qui se manifeste et s’épanouit. 

 

Mais pourquoi donc en est-il ainsi ?  Jésus répond : les oreilles sont sourdes (bouchées), les cœurs sont muets (lourds, chargés,) les yeux sont aveugles (ne voient plus) Qu’importe dit Jésus, car au final, le succès est assuré.  Mon œuvre ne sera jamais vaine, car je suis Dieu et mon règne ne peut pas ne pas s’instaurer.

 

Sur ce, allons retrouver les disciples. Ils viennent de s’approcher de Jésus et l’interrogent. Ils ont remarqué que Jésus ne les enseigne pas de la même manière qu’il le fait avec la foule. A cela rien d’anormal, car Jésus fait face à deux sortes d’auditeurs :  la foule et les disciples. La foule l’écoute parce qu’elle est avide de merveilleux, de sensationnelles, de miraculeux.

 

Mais voilà l’enseignement de Jésus révèle des « mystères » qui dépassent la compréhension de l’être humain, et vont rester en grande partie voilés pour la foule, parce qu’elle se satisfait du miraculeux et  n’approfondit pas sa recherche. Quant aux disciples, ils restent ouverts, regardent, écoutent et veulent comprendre. Pour eux Jésus soulève le voile.

 

Pour nous aussi les mystères de Dieu ne sautent pas aux yeux, il faut vouloir les chercher, les désirer, car ils ne se dévoilent qu’aux cœurs disposés à entendre, et à recevoir.

 

Voici maintenant que c’est le terrain des cœurs qui va déterminer si la Parole est reçue ou non; si elle va prendre racine et porter du fruit;  si elle va survivre ou si elle va mourir a plus ou moins brève échéance. Si Jésus est bien venu pour apporter la Parole reçue de son Père, pour ouvrir les yeux des cœurs aveuglés, pour faire marcher les paralysés de la foi, pour rendre la dignité aux exclus, il respecte la liberté de chacun, il ne force personne. Il sait qu’au temps du prophète Esaïe le peuple n’a jamais voulu entendre les appels que Dieu lui adressait et que dès lors il était mure pour la destruction. (l’exil)

 

S’adressant à ces disciples, Jésus leur dit : « Vous êtes heureux/bienheureux parce que vous voyez et  vos oreilles entendent !  Je vous le dis :  beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, ni entendu ce que vous entendez.

 

Ecoutons maintenant Jésus interpréter la parabole

(1)   Il parle de ces personnes chez qui la Parole n’arrive pas à s’accrocher et n’a pas le temps de germer, car les oiseaux sont venus la picorer sur le chemin.  Jésus parle alors d’un ennemi redoutable, qu’il appelle « Le Mauvais / le Malin»  Il conduira plus tard ses disciples à prier : « Délivre-nous du mauvais. du mal… » Ce proverbe bien connu : Le mal est l’ennemi du bien, prend ici tout son sens. Oui Seigneur délivre ce monde des puissances du Malin qui agissent et dévorent ta Parole semée dans les cœurs. Délivre-nous de main mise.

(2)    Jésus nous présente maintenant quelqu’un qui a entendu la Parole et qui l’a reçue avec joie. Si cette personne s’est enthousiasmée  pour Jésus, quel comportement aura-t-elle quand viendra l’épreuve, et en particulier celle de la persécution ? Jésus vient ici nous dire que si l’instant présent est celui de la joie la vie n’est pas faites uniquement de roses et de violettes. Elle nous réserve bien des surprises au tournant.

 

Voilà pourquoi il est important d’enraciner notre vie

dans l’enseignement du Seigneur. 

 

Les premiers chrétiens enracinaient leur vie dans l’enseignement du Christ rapporté par les Apôtres et persévéraient dans la prière et la communion au corps et au sang de Jésus. Quel est mon terroir d’enracinement ? Ma vie est-elle enracinée dans un solide enseignement ou dans du petit lait ?

 

Hébreux 5:12  Vous, en effet, qui depuis longtemps devriez être des maîtres, vous avez encore besoin qu’on vous enseigne les premiers rudiments des oracles de Dieu, vous en êtes venus à avoir besoin de lait et non d’une nourriture solide.

Chacun s’examinera par rapport à cette percutante déclaration.

 

(3)   La troisième personne que Jésus nous présente est celle d’un croyant qui s’est quelque peu enraciné dans la Parole, qui a grandi avec elle, mais qui n’est pas arrivé à maturité. Il s’est laissé submergé par les choses du monde. Jésus en mentionne quelques-unes : (a) les soucis.  Et qui peut dire qu’il n’en a pas. Jésus évoque ensuite la question (b) des richesses et des séductions. Ici, le cœur de l’homme est stérile,  improductif.  Il est comme ce figuier stérile, bon a être coupé et jeté au feu.

 

L’Evangile de Luc (8:13) le désigne comme celui qui s’en va et abandonne. Ce qu’il faut ici comprendre c’est que la vie avec Dieu, c’est une affaire de croissance, un combat de tous les jours, une mise en garde contre l’emprise du monde.

 

Luc 9:52, 62  Jésus pose un jour cette question à deux de ces disciples :  Quel est cet esprit qui vous anime ? Jacques et Jean étaient prêts à prier pour que le feu tombe du ciel sur les Samaritains.

Et moi, sur qui voudrais-je qu’il tombe ?  Allez voir dans les Evangiles ce qui est arrivé à celui qui s’était laissé mener par l’esprit d’une joyeuse et brillante vie. (Luc 16:19-31)

 

Nous qui sommes appelés sel de la terre, l’esprit qui nous anime nous a-t-il fait perdre notre saveur ? Somme-nous encore capables de construire l’Eglise de demain ?  (Luc 15:8) 

 Savons-nous nous mettre en peine pour les pauvres. (Jean 12:6)

En Jean 15:19 Jésus rappelle cette grande vérité évangélique : « Vous n’êtes pas du monde, je vous ai choisis… »

Dieu nous a choisi, pour que nous allions et que nous portions du fruit pour lui.

 

Allons, frères et sœurs il est grand temps de laisser raisonner dans nos cœurs ces quatre mots : « Je vous ai choisis »

 

Quel honneur Dieu nous a fait ! Ne nous laissons pas étouffer, ni contaminer par l’esprit de ce siècle, mais demandons au Seigneur de nous libérer de ce monde qui nous étreint, nous paralyse et détruit notre foi.

La vie du Christ depuis le jour où elle a été semée en terre, germe, grandit, fructifie, porte du fruit jusque dans la vie éternelle, car elle franchit tous les obstacles.

Avec Christ franchissons tous les obstacles, laissons sa vie vivre en nos cœurs.

Heureux ceux qui écoutent cette Parole et qui en vivent.

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