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Calvin

Jeudi 4 juin 2009

Dans le cadre du 500è anniversaire
de la naissance de Calvin
on nous informe qu'un Concert sera donné

dimanche 21 juin 2009 à  20 heures 
au
Temple de Charleroi,
20 Boulevard Audent.
Charleroi - Belgique

Choeur "La Cantalasne"
jouera des Oeuvres de
Luther, Raselius,
Crüger,
Bach,
Buxtehude,
Haendel,
Mendelsohn
Direction musicale Anthony Vigneron


Prix des places préventes : 5 euros, 3 euros

Autres info sur  : www.calvin-charleroi.org


Par frère jacques
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Jeudi 23 avril 2009
Voici quelques photos de la journée "Calvin à Genève"



Vous pourrez voir les autres photos dans l'Album photos de ce blog sous le titre Journée Calvin Eglise de la Pélisserie.
Par frère jacques
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Mardi 21 avril 2009


Luther et Calvin :
convergences et divergences dans leur relation à la Bible


Dans un dernier temps, j’aimerais mettre en valeur non seulement l’accord, mais aussi la diversité dans l’approche du texte biblique par Luther et Calvin. Une diversité due à leur arrière-plan intellectuel différent, mais aussi à des caractères et des charismes très contrastés que j’ai signalés tout à l’heure. Et cette diversité a perduré au cours des siècles, elle nous accompagne aujourd’hui – à la fois risque et richesse.


          Pour Luther, les livres bibliques n’ont pas tous la même importance, on peut dire qu’il a une perception concentrique du Canon des Ecritures. Il place au centre les textes qui présentent de la façon la plus dense la personne et l’œuvre du Christ pour notre salut, c'est-à-dire les épîtres de Paul aux Romains et aux Galates, l’Evangile et la première épître de Jean. Et puis aussi les Psaumes auxquels il est profondément attaché – il le doit sans doute à son héritage monastique. D’autres livres, dans l’Ancien Testament, mais aussi l’épître de Jacques ou l’Apocalypse, lui paraissent par contre plus périphériques. Il tend à souligner la différence plutôt que l’unité entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance, entre la Loi et la Grâce.

 

Calvin quant à lui, a une vision plus juridique, ou si vous voulez, plus linéaire du Canon. Comme je viens de le dire, il accorde à l’Ancien Testament une importance manifestement plus grande que ne le fait Luther. Ce qui le conduit aussi à accorder plus de place à la loi dans la vie du chrétien et dans la cité, et à l’organisation de la société civile, économique et sociale, comme l’Ancien Testament le fait pour Israël. Il insiste sur l'Ecriture considérée comme un tout.

La Confession de La Rochelle prend soin d’énumérer les soixante six livres canoniques. Un fait révèle une position à l’égard du canon qu’on ne trouve pas chez Luther : son ami Sébastien Castellion, instituteur à Genève, briguait le ministère pastoral. Malgré l’estime évidente qu’il lui portait, Calvin lui refusa l’accès à cette fonction : l’un des plus graves reproches qu’il lui adressa était de ne pas considérer le Cantique des Cantiques comme faisant partie du canon des Ecritures[1].

 

Le Conseil de Ville, suivant l’avis de Calvin, argumenta ainsi : « Nous nous condamnerions pour l’avenir à n’avoir rien à objecter à un autre, s’il s’en présentait un qui voulût en venir à répudier de même l’Ecclésiaste ou les Proverbes ou tout autre livre de la Bible, à moins qu’on en voulût en venir à discuter si le livre est digne ou non du Saint-Esprit. » Cela dit, Calvin est convaincu lui aussi de la centralité de certains textes, notamment l’épître aux Romains.

Il l’écrit dans sa préface à cette épître : les commentateurs anciens et récents « à la vérité ne pouvaient mieux employer leur labeur qu’en cet endroit [c’est-à-dire en cette épître], vu que quiconque la comprendra a comme une ouverture et entrée à l’intelligence de toute l’Ecriture
[2]. »

 

Alors que Luther met de côté l’épître de Jacques qui lui paraît contredire les grandes affirmations pauliniennes sur le salut par la grâce. Calvin conteste cette opinion (sans pour autant citer Luther !) : « Je me demande s’ils veulent tirer en combat saint Jacques avec saint Paul ? S’ils tiennent saint Jacques pour ministre de Christ, il faut prendre sa sentence de telle sorte qu’elle ne se désaccorde point d’avec Christ, qui a parlé par la bouche de saint Paul. (…) Il est certain que l’Esprit ne combat pas contre lui-même » (I.C. III/17/11).

Et Calvin prend la peine d’expliquer longuement comment il est possible d’harmoniser les affirmations en apparence contradictoires des deux apôtres à propos du rapport entre la foi et les œuvres.

 

Mais leurs caractères très contrastés influencent aussi, sur le plan pratique, leur lecture de la Bible. Luther, avec sa forte subjectivité, a une relation passionnée avec le texte biblique. Ainsi il dit à propos de l’épître aux Galates,  son livre préféré : Je suis fiancé avec cette épître, c’est ma Catherine de Bora (c’est le nom de sa femme !).


        Son amour pour la Bible transparaît sans cesse. Il dit : « Quand je suis attaqué par la tentation, je saisis aussitôt une parole de la Bible qui me présente Jésus-Christ. Il n’y a pas d’autre moyen que l’Ecriture pour sentir la consolation et la puissance du Saint-Esprit, comme je l’ai souvent montré et éprouvé moi-même. » Il dit aussi : « Dieu veuille que mes commentaires et ceux de tous mes maîtres disparaissent et que chaque chrétien mette devant lui la seule Ecriture et la pure Parole de Dieu ! Tu vois bien par mes bavardages quelle mesure incomparable ont les paroles de Dieu par rapport à toutes les paroles des hommes. C’est une Parole infinie qui demande à être saisie et considérée dans le silence de l’esprit. »

 

Calvin est plus sobre que Luther dans sa manière de commenter l’Ecriture ; sa formation de juriste humaniste lui donne une méthode d'étude précise et objective, au risque que sa prédication touche moins le cœur de ses auditeurs. Comme ses cours, elle est avant tout une explication du texte biblique, verset par verset (Zwingli, avant lui, l’avait fait à Zurich). Dans la préface à son commentaire de l’épître aux Romains, il énonce ses principes exégétiques : « La principale vertu d’un expositeur consiste en une brièveté facile et qui ne comporte point d’obscurité. (…)

Tout son office consiste en ce seul point, à savoir de bien déclarer et découvrir l’intention de l’auteur qu’il a entrepris d’exposer
[3]. » Cette clarté et cette sobriété, Calvin les met en pratique de façon évidente dans son magnifique commentaire de cette épître.

 

Le refus d’injecter sa subjectivité dans l’explication du texte biblique apparaît lorsqu’il monte dans la chaire de la cathédrale le 13 septembre 1541, peu de jours après son retour à Genève dont il avait été chassé brutalement : « Lorsque je me rendis devant le peuple pour prêcher, dit-il, chacun était en proie à une grande curiosité. Mais passant complètement sous silence la mention des événements que tous, assurément, attendaient, j’exposai en peu de mots les principes de mon ministère, puis, avec brièveté et discrétion, je rappelai la foi et l’intégrité qui m’animaient.

Après cette introduction, je choisis le texte à commenter à l’endroit où je m’étais arrêté (
sous-entendu : avant mon bannissement trois ans plus tôt). Je voulais montrer par là que, plutôt que d’avoir déposé la charge d’enseigner, je l’avais interrompue pour un temps[4]. » Comportement révélateur du caractère du réformateur, mais aussi de sa conception du service de la Parole de Dieu : nos circonstances personnelles ne doivent pas influencer notre écoute et infléchir notre interprétation du texte biblique !
Il se garde de faire intervenir ses sentiments ou ressentiments dans l’analyse du texte sacré.

 

Cela ne contredit pas les lignes de l’Institution chrétienne citées plus haut au sujet du témoignage intérieur du Saint-Esprit : pour Calvin, la Bible n’est pas l’objet d’une étude intellectuelle qui pourrait être menée sans l’implication personnelle du lecteur. Elle est, par sa nature même de Parole divine, un lieu de rencontre avec le Créateur et le Père des croyants ; c’est pourquoi son intériorisation et sa mise en pratique sont une nécessité. On a beaucoup sous-estimé la place du Saint-Esprit dans la théologie de Calvin. Il est évident qu’il a un sens aigu de la majesté et de la transcendance de Dieu.

 

La crainte de Dieu est une donnée fondamentale de sa piété (et peut-être ferait-on bien de réendosser cette dimension aujourd’hui). Dieu est souverain et on ne s’approche pas de Lui avec désinvolture. Il est également vrai que Calvin se méfie de l’illuminisme, et que son caractère ne le pousse pas vers une façon enthousiaste d’extérioriser sa foi. C’est vrai que le culte calviniste, sobre à l’origine, est devenu froid avec le temps.


Si on pense identifier la présence du Saint-Esprit par les manifestations d’une foi expansive et enthousiaste, et dans la recherche du surnaturel, des discernements et révélations, alors, c’est évident, Calvin et le calvinisme sont peu portés sur le Saint-Esprit. Mais ce faisant, a-t-on recours aux véritables critères de l’authenticité de l’action de l’Esprit ? Il est permis d’en douter ! 

 

 Il faut souligner que le Dieu de Calvin n’est pas Allah, mais un Dieu trinitaire. Et si le Dieu de gloire s’est rendu proche et s’est incarné en Christ, il continue de se rendre présent et agit dans le cœur du croyant par le Saint-Esprit : « La conversion est un changement non pas seulement aux œuvres externes, mais aussi en l’âme, une rénovation du cœur. Le renouvellement de vie se fait quand l’Esprit de Dieu, ayant transformé nos âmes en sa sainteté, les dirige tellement à nouvelles pensées et affections qu’on puisse dire qu’elles sont autres qu’elles n’étaient auparavant. »

On pourrait citer beaucoup d’autres textes de Calvin qui montre qu’il est profondément convaincu qu’être chrétien, c’est avoir reçu, par le Saint-Esprit, une implantation de la nature divine dans notre cœur – ce que l’orthodoxie calviniste des siècles suivants
a oublié.

 

Parce qu’elle  est trinitaire,  la théologie de Calvin présente un équilibre remarquable. C’est pourquoi, s’il refuse d’injecter ses états d’âme dans son étude du texte biblique, il ne tient pas pour autant la Bible à distance. Le témoignage intérieur du Saint-Esprit transforme le document littéraire qu’est l’Ecriture sainte en une Parole vivante, et efficace. L’Ecriture sainte et le Saint-Esprit sont étroitement liés dans la foi de Calvin, mais il serait erroné d’en conclure que la lettre de l’Ecriture étouffe l’Esprit. Au contraire, c’est le souffle de l’Esprit qui vivifie l’Ecriture.

 

Pudique quant à ses expériences spirituelles les plus intimes, il ne parle pas autant que Luther de son vécu personnel dans la lecture de la Bible, mais ses sentiments transparaissent dans les conseils qu’il adresse à d’autres. Il insiste sur l’importance de la lecture personnelle de la Bible pour la santé spirituelle des croyants : il faut « s’exercer journellement en l’Ecriture sainte » – elle est « pâture de vie ». Il rappelle au duc de Longueville qu’il doit « appliquer son étude à s’avancer toujours, de plus en plus, en la sainte Parole de Dieu, à lire journellement les saintes instructions qui peuvent édifier en tout bien et vertu. »

A la reine de Navarre il écrit : « Parce qu’il faut connaître pour pouvoir aimer, je vous prie de vous exercer à lire les saintes exhortations qui vous y aideront. Par faute de nous exercer journellement en l’Ecriture sainte, la vérité que nous avions connue s’écoule petit à petit jusqu’à s’évanouir complètement, si ce bon Dieu n’y remédie. » « S’il apparaît, dit-il, que le corps est dans de mauvaises dispositions quand on est dégoûté de la viande, il est certain que l’âme est encore dans un pire état, quand on a perdu le goût et la saveur de la Parole de Dieu. »

 

Souvent, et jusque sur son lit de mort, Calvin insiste sur la nécessité de lire la Bible et de la prêcher avec simplicité. Il dit aux pasteurs de Genève venus prendre congé de lui peu avant sa mort : « Quant à ma doctrine, Dieu m'a fait la grâce d'écrire, ce que j'ai fait le plus fidèlement qu'il m'a été possible et je n'ai pas corrompu sciemment un seul passage de l'Ecriture ; et quand j'eusse bien pu amener des sens subtils, si je me fusse étudié à subtilité, j'ai mis tout cela sous le pied et me suis toujours étudié à simplicité.»

 

Calvin aime la Bible. Calvin respecte la Bible. Calvin consacre le meilleur de son temps et de ses facultés intellectuelles, morales et spirituelles à écouter, à comprendre la Bible, à l’expliquer, à former des hommes capables de la communiquer droitement.

 

*

Luther : « L'Ecriture sainte ne contient pas, comme les gens le pensent, des mots à lire, mais des mots à vivre, qui ne nous sont pas donnés en vue de la spéculation ou de l’imagination, mais en vue de la vie et de l'action. »


Calvin :
« La Parole de Dieu n’est pas pour nous apprendre à babiller, pour nous rendre éloquents et subtils, mais pour réformer nos vies. »

*

Luther : « Les chrétiens doivent être fermement assurés de ceci : l'Ecriture sainte est une lumière bien plus claire que le soleil. »

 
Calvin : « O Seigneur, tu m’as illuminé par la clarté de ton Esprit, tu as mis devant moi ta Parole comme une torche. 

*

Luther : « Aucun homme ne peut percevoir un iota dans l’Ecriture, s’il n’a pas l’Esprit de Dieu. »


Calvin :
« Illuminés par le Saint-Esprit, nous croyons que l'Ecriture est de Dieu. Nous lui soumettons entièrement notre jugement et intelligence, comme à une chose élevée par-dessus la nécessité d'être jugée... Je ne dis autre chose que ce que chaque fidèle expérimente en soi. »


 

  Merci à Jacques Blandenier pour avoir autorisé la publication du texte de la conférence qu’il a donné le 18 avril 2009 à  l’Eglise de la Pelliserie à Genève Suisse.




[1]              Ce n’est pas la seule raison de son refus, mais la principale – celle qui révèle une défaillance quant à la soumission inconditionnelle au canon des Ecritures.

[2]              Commentaire, épître aux Romains, p. 8.

[3]              Jean Calvin, Commentaires sur le Nouveau Testament, Epître aux Romains, Labor & Fides, Genève, 1960, p. 7.

[4]              Lettre 1090, Herminjard, VII, p. 412 (citée par Stauffer, op. cit., p. 52). Cette lettre probablement destinée à un professeur d’hébreu bâlois, a été écrite environ quatre mois après les faits.

Par frère jacques
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Mardi 21 avril 2009

Calvin, un homme face à la Bible

Jacques Blandenier

 

 

 

L’Ecriture et l’Eglise (3)

L’accès à la Bible pour chacun dans sa langue maternelle, bien sûr, mais immédiatement la question se pose : comment chaque croyant lira-t-il et interprétera-t-il la Bible sans s’égarer s’il n’est guidé par le clergé ? Nous reviendrons tout à l’heure sur ce point.

 

Luther commence par écarter la prétention de l’Eglise à être ce guide sûr car dit-il, cela n’a pas empêché les théologiens de se contredire et la vérité révélée d’être altérée sur de nombreux points. Il refuse donc la prétention de l’Eglise à avoir une autorité au-dessus de celle de la Bible pour la contrôler. En 1520, Luther écrit une parole forte au pape Léon X qui le menace d’excommunication : «Je ne puis accepter qu’on impose une interprétation de la Bible, car il faut que la Bible, cette source de toutes les libertés, soit libre elle-même. » Et Luther n’a aucune hésitation à dresser la Parole de Dieu face aux  enseignements de l’Eglise.

 

Calvin a exposé une doctrine de l’Ecriture de façon plus élaborée que Luther. Il vaut la peine de suivre sa démarche à travers les chapitres VI et VII du livre I de l’Institution chrétienne[1]. Le réformateur commence par affirmer que la révélation naturelle ne suffit pas. Les « maîtres muets » – c’est-à-dire la création – n’offrent qu’une connaissance confuse et éparse. C’est pourquoi, Dieu a « ouvert sa bouche sacrée » pour révéler aux hommes sa personne et son œuvre. Car « nul ne peut avoir seulement un petit goût de saine doctrine pour savoir ce qu'est Dieu, jusqu'à ce qu'il ait été enseigné par l'Ecriture sainte ; car de là procède le commencement de toute droite intelligence, quand nous recevons avec respect tout ce que Dieu y a voulu révéler de lui-même » (I.C. I/6/2).

 

            Dieu a parlé aux prophètes et aux apôtres. Mais ses Paroles ont été délivrées à des moments particuliers de l’histoire. Or, « si on regarde combien l'esprit humain est enclin et fragile pour tomber en oubliance de Dieu ; combien aussi il est facile à décliner en toutes espèces d'erreurs ; de quelle convoitise il est mené pour se forger des religions étranges à chaque minute : de là on pourra voir combien il a été nécessaire que Dieu eût ses registres authentiques pour y coucher sa vérité, afin qu'elle ne périt point par oubli, ou ne s'évanouit par erreur, ou ne fût corrompue par l'audace des hommes » (I.C. I/6/3).

 

            Puisque Dieu « ne parle pas journellement du ciel » c’est donc dans les Ecritures que les fidèles peuvent l’entendre s’adresser à eux, dans la mesure où « ils tiennent pour arrêté et conclu qu'elles sont venues du ciel, comme s'ils entendaient là Dieu parler de sa propre bouche » (I.C. I/7/1).

 

Mais une question cruciale se pose : « Qui est-ce qui nous rendra certains que cette doctrine soit sortie de Dieu ? ou bien qui nous certifiera qu'elle est parvenue jusqu'à notre âge saine et entière ? » C’est la question du canon des Ecritures, et elle soulève un problème épineux : pour les contradicteurs catholiques de Calvin, l’autorité de la Bible dépend d’une décision canonique de l’Eglise ; mais s’ils avaient raison, celui qui donne l’autorité exerce un pouvoir de contrôle sur celui à qui il la confie. Alors Calvin s’indigne : comment prétendre que la Parole, qui est celle de Dieu, ait autorité parce que les hommes l’ont décrété ainsi ? On est au cœur du débat : qui, de l’Ecriture sainte ou de l’Eglise, a autorité sur l’autre ? L’Eglise dispose-t-elle de la Bible, ou la Bible est-elle l’instance qui réforme et juge l’Eglise sans cesse à nouveau ?

 

Pour Calvin, l’Ecriture sainte tient son autorité d’elle-même, c’est une autorité intrinsèque que nous ne pouvons que reconnaître, et non pas une autorité conférée par une instance humaine, quelle qu’elle soit. Il écrit : « Quand on nous demande d’où et comment nous pouvons être persuadés que l’Ecriture vient de Dieu si nous ne nous appuyons pas sur le décret de l’Eglise : c’est comme si quelqu’un nous demandait d’où nous apprenons à discerner la clarté des ténèbres, le blanc du noir, le doux de l’amer. Car l’Ecriture a en elle-même de quoi se faire connaître de façon aussi notoire que les choses blanches ou noires de montrer leur couleur, et les choses douces et amères de montrer leur saveur. » (I.C. I/7/2)

 

Enfin, Calvin parle du témoignage intérieur du Saint-Esprit. Etant divin, lui seul est habilité à accréditer la Parole de Dieu. « Il n’y a que celui que le Saint-Esprit aura enseigné qui se repose en l’Ecriture en droite fermeté. » Car l’Ecriture sainte, « bien qu'elle porte avec soi sa créance [crédibilité] pour être reçue sans contredit et n'être soumise à preuves ou arguments, toutefois c'est par le témoignage de l'Esprit qu'elle obtient la certitude qu'elle mérite. Elle commence lors à nous vraiment toucher, quand elle est scellée en nos cœurs par le Saint-Esprit » (I.C. I/7/5). Le Saint-Esprit, qui a jadis inspiré les auteurs bibliques, agit aujourd’hui dans l’esprit et le cœur du lecteur pour lui attester que c’est bien Dieu qui lui parle.

 

Selon la Confession de foi des Eglises Réformées de France, dite de La Rochelle, adoptée en 1571, quelques années après la mort de Calvin qui en est cependant l’auteur principal, « La Parole qui est contenue dans ces livres a Dieu pour origine, et elle détient son autorité de Dieu seul et non des hommes. Il n’est donc pas permis aux hommes ni même aux anges, d’y rien ajouter, retrancher ou changer. Il en découle que ni l’ancienneté, ni les traditions, ni le grand nombre ni la sagesse humaine, ni les décrets, ni les conciles, ni les visions ni les miracles ne peuvent être opposés à cette Ecriture sainte, mais qu’au contraire toutes choses doivent être examinées, réglées et réformées par elle. »

 

 

Comment ne pas errer dans l’interprétation des Ecritures :
les critères des Réformateurs

L’Ecriture dégagée de la tutelle du magistère romain, oui, mais on retrouve la question évoquée plus haut : comment éviter le piège des interprétations subjectives et erronées ? Le risque existe, bien sûr, et les tensions et divisions qui n’ont pas tardé à apparaître sitôt après la Réforme l’illustrent bien ! Chaque protestant serait-il un pape avec la Bible dans la main, comme le prétendait Boileau ? Peut-on déjouer ce piège ?

 

Les Réformateurs ont discerné qu’il fallait proposer un cadre, ou mieux, un fil conducteur. Donner des critères d’interprétation pour limiter le risque que chacun s’arroge de dire n’importe quoi à partir de tel ou tel texte biblique. Premièrement, l’analogie de la foi : en d’autres termes, la Bible s’interprète elle-même, ou, si vous préférez, les textes s’interprètent les uns les autres, car la Bible a une cohérence interne, ayant un seul auteur divin par-delà les multiples auteurs humains,. Notamment, les textes les plus explicites donnent un éclairage pour comprendre ceux qui sont plus difficiles.

 

On remarque que les Réformateurs ont été très prudents, voire hésitants à commenter des livres comme le prophète Daniel ou l’Apocalypse qui, du temps de la Réforme et bien avant déjà, avaient donné lieu à des théories aberrantes et contradictoires. Calvin écrit, à propos des difficultés qu’on rencontre en lisant la Bible : « Ce qui est encore obscur, il le faut passer jusqu’à ce que plus grande lumière nous éclaire. Si nous ne nous lassons pas de lire, il adviendra finalement que l’Ecriture nous sera rendue familière par continuel usage. »

 

Et puis, surtout, Christ est le centre des Ecritures, comme il est l’accomplissement de l’histoire du salut, c’est pourquoi la seule lecture qui n’égare pas est une lecture christo-centrique. Là est le critère décisif, le garde-fou qui nous évite de dérailler. Leur approche de l’Ancien Testament reflète cette conviction. Luther écrit :

 

« Si tu veux interpréter avec fidélité l’Ancien Testament, place le Christ devant toi, car c’est de lui que tout parle »,

Calvin est à l’unisson : « Les Ecritures doivent êtes lues avec l’intention d’y trouver Christ. Qui s’écarte de ce but, se fatiguera toute sa vie dans l’étude sans jamais parvenir à la connaissance de la vérité. » Le Nouveau Testament est donc le guide fiable en matière d’interprétation de l’Ancien Testament.

 

Calvin, plus que Luther, insiste sur l’unité entre les deux Testaments. On pourrait dire que sa théologie de l’Alliance est le troisième critère d’interprétation des Ecritures qui d’ailleurs se confond presque avec le critère christologique : « L’alliance faite avec les Pères anciens [les patriarches de l’A.T.], en sa substance et vérité est si semblable à la nôtre, qu’on la peut dire une même avec elle » (I.C. II/10/2). Cette unité des deux Testaments donne un cadre à celui qui veut interpréter droitement la Bible. Il écrit : « Quand saint Paul a voulu que toute prophétie fût conforme à l’analogie et similitude de la foi (Romains 12.6), il a mis une très certaine règle pour éprouver toute interprétation de l’Ecriture.

Or si notre doctrine est examinée à cette règle de foi, nous avons la victoire en main[2]. » Analogie de la foi, centralité christologique, permanence de la volonté divine de faire alliance avec ses créatures sont donc les garde-fou qui préservent plus que le magistère romain les errements dans l’interprétation des Ecritures.

 

Enfin, il ne faut pas l’oublier, si les Réformateurs appellent à une lecture personnelle de la Bible, ils ont aussi conscience de l’importance de l’étude de la Bible dans le cadre de l’Eglise envisagée comme la communauté de croyants. Omettre cet aspect, ce serait tomber dans un individualisme que le protestantisme n’a souvent pas su éviter. D’où également l’accent sur le rôle des serviteurs de la Parole de Dieu dûment préparés à leur ministère dans les Académies créées à cet effet. 2009, année du 500e anniversaire de Calvin, mais aussi du 450e anniversaire de l’Académie de Genève fondée par Jean Calvin et Théodore de Bèze, véritable pépinière de pasteurs – et souvent hélas de martyrs. « Envoyez-nous du bois, écrivait Calvin aux Eglises de France, nous vous renverrons des flèches. »

 

            Cette question du rapport entre la Bible et l’Eglise n’est pas un problème purement académique. L’enjeu est beaucoup plus décisif. Il s’agit de savoir si l’Eglise (ou la doctrine élaborée par les théologiens) est elle-même sa propre norme, ou si elle accepte d’avoir une norme en face d’elle, extérieure à elle, et à laquelle elle doit sans cesse se confronter pour se laisser corriger. Dans ce sens l’Eglise n’est réformable que si elle reconnaît que la Bible est une autorité au-dessus d’elle. Et n’allons pas croire que l’argument ne vise que le catholicisme !

En fait, tout fondamentalisme qui se croit détenteur de la vérité, mais aussi tout intellectualisme universitaire qui érige le prestige académique en magistère, courent ce risque. Une réforme permanente, exige une humilité et une très difficile capacité de constante remise en question face à la Bible, un dialogue avec l’Ecriture, dans lequel la Parole de Dieu a le dernier mot – à moins que ce soit notre "Amen" !

 

Ce qui est permanent, ce n’est pas la théologie de Calvin, mais le principe scripturaire qu’elle a établi. Cette citation de Vinet (1797-1847), qui anticipe sur la suite de notre journée consacrée au Réveil, l’exprime de façon particulièrement pertinente : « La Réformation, comme principe, est en permanence dans l'Eglise... En sorte que, aujourd'hui même, quelle que soit l'importance de l'événement du XVIe siècle, la Réformation est encore une chose à faire, une chose qui se refera toujours... Les réformateurs n'ont pas, une fois pour toutes, réformé l'Eglise, mais affirmé le principe et posé les conditions de toutes les réformes futures[3]. »

 

A suivre :  Calvin, un homme face à la Bible (4)



[1]              Citée d’après l’édition de 1560 (la septième et dernière) dans sa version (orthographe moderne) publiée en quatre volumes par la Société Calviniste de France, Labor & Fides, Genève, 1955.

[2]              Institution chrétienne : Dédicace au Roi de France écrite pour la 1ère édition de 1536 (reprise dans le 1er volume de l’édition du texte de 1560 par la Société calviniste de France, p. XXIV).

[3]              Alexandre Vinet, Histoire de la littérature française au XIXe siècle, III, p. 392. Vinet milita en faveur de la séparation de l’Eglise et de l’Etat et fut l’un des promoteurs des Eglises Evangéliques Libres dans les pays francophones.




Par frère jacques
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Lundi 20 avril 2009
 

Calvin, un homme face à la Bible (2)


Jacques Blandenier


Calvin et la Bible

Il faut se souvenir que Calvin appartient à la deuxième génération de la Réforme. Il était un tout petit garçon quand le docteur Luther, en scrutant passionnément les Ecritures, fit la découverte libératrice de la grâce de Dieu qui justifie le pécheur. Et cela a entièrement changé la vie de Luther.

Dès lors, pour lui, la Bible a infiniment plus de poids que les enseignements et les décrets de l’Eglise. Mais il n’a pas cherché à démontrer pourquoi la Bible a une autorité exclusive, au dessus de celle du clergé. C’était pour lui une évidence, fruit de son étude du texte biblique et confirmée par son expérience vécue : il lui était impossible de reculer, il ne pouvait qu’en témoigner et partager sa joie pour que le peuple qu’il aimait connaisse la même libération.

Et en effet sitôt après sa comparution devant les grands de l’Empire, à Worms, Luther, caché au château de la Wartbourg, s’attela à la traduction du NT puis de la Bible entière, convaincu qu’il était prioritaire que chaque chrétien puisse avoir accès à la Parole de Dieu dans sa langue : Entendre Dieu lui parler directement, comme un enfant entend la voix de sa maman.

C’est une révolution : dès lors, les fidèles ne sont plus dépendants d’un clergé détenteur exclusif de la vérité pour connaître Dieu en entendant sa Parole par la lecture de la Bible.

Avec cela, Calvin, est pleinement à l’unisson. Pourtant sa rencontre avec la Bible a suivi un itinéraire différent. Marqué par ses études dans un contexte universitaire humaniste, il a tout d’abord pris conscience de l’importance et de l’autorité de l’Ecriture sainte pour purifier la doctrine chrétienne. Ad fontes (slogan de l’humanisme), retour aux sources, par delà les dogmes et traditions surajoutées à la Révélation, et redevables à la religiosité humaine plutôt qu’à la vérité biblique.

Pour Calvin, ce ne fut pas une démarche intellectuelle seulement, car lui aussi a fait l’expérience de la peur du jugement divin, puis d’une libération du joug des œuvres et des mérites en lisant le message de la grâce dans les épîtres de Paul. Il évoque alors et avec beaucoup d'intensité son expérience – il le fait sous la forme d’une prière, ce
qui est une façon de faire comprendre que l’acteur principal est Dieu 1.

Il est frappant de trouver chez Calvin, que d’aucuns dépeignent comme "froidement cérébral", l'expression d’un profond désarroi intérieur, moral et affectif. En lisant des extraits de ce texte, on constate que l’image de Dieu qu’on lui avait inculquée était la même que celle que connut le jeune Luther :

« Les maîtres et docteurs du peuple chrétien prêchaient bien Ta clémence envers les hommes, mais seulement envers ceux qui se rendaient dignes d'elle. Finalement ils mettaient une si grande dignité en la justice des œuvres que celui-là seul était reçu en grâce qui, par ses œuvres, se serait réconcilié avec Toi.

Et du fait que Tu étais un juge rigoureux, vengeant sévèrement l'iniquité, ils montraient combien épouvantable devait être Ton regard. C’est pourquoi ils commandaient que l'on s'adressât premièrement aux saints, afin que par leur intercession Tu nous fusses rendu et fait propice.

Toutes les fois que je descendais en moi ou que j'élevais le cœur vers Toi, une si extrême horreur me surprenait, qu'il n'était ni purifications ni satisfactions qui m'en pussent aucunement guérir. Mais parce que rien ne s'offrait de meilleur, je poursuivais le train que j'avais commencé.

C’est alors qu’il s'est élevé une bien autre forme de doctrine, non pas pour nous détourner de la profession chrétienne, mais pour la ramener elle-même à sa propre source et pour la restituer, comme émondée de toute ordure, en sa pureté. Mais moi, offensé de cette nouveauté, à grand-peine ai-je voulu prêter l'oreille, et confesse qu'au commencement j'y ai vaillamment et courageusement résisté.

Mais lorsque mon esprit s'est appareillé à être vraiment attentif, j'ai commencé à connaître, comme qui m'eût apporté la lumière, en quel bourbier d'erreurs je m'étais vautré et souillé et combien de boues et macules je m'étais honni. Moi donc, selon mon devoir, étant véhémentement consterné et éperdu pour la misère en laquelle j'étais tombé, je n'ai rien estimé m'être plus nécessaire, après avoir condamné en pleurs et gémissements ma façon de vivre passée que de me rendre et retirer en la Tienne.

Maintenant donc, Seigneur, que reste-t-il à moi, pauvre et misérable, sinon t’offrir pour toutes défenses mon humble supplication que tu ne veuilles me mettre en compte ce tant
horrible abandonnement et éloignement de ta Parole duquel par ta bénignité merveilleuse tu m’as une fois retiré ? »

Si on analyse ces deux cheminements, on s’aperçoit qu’ils ont le même point de départ et la même arrivée, mais par des voies différentes. Luther, écrasé par un sentiment de culpabilité, se convertit en lisant la Bible qui lui apporte le message de la paix avec Dieu.

Calvin, comme jeune intellectuel humaniste lit la Bible. Or la lecture de la Bible, loin de l’apaiser, lui fait découvrir son éloignement de la vérité et le caractère vain et même blasphématoire de sa prétention à obtenir le salut par ses efforts. On vient de lire ces dernières lignes : « mon humble supplication que tu ne veuilles me mettre en compte ce tant horrible abandonnement et éloignement de ta Parole duquel par ta bénignité merveilleuse tu m’as une fois retiré. » 

Sa conclusion sera la même que celle de Luther : Il faut que chacun puisse accéder au message biblique pour vivre la liberté des enfants de Dieu. Ecrivant la préface de la traduction française de la Bible faite en 1535 par son cousin Olivétan, il plaidera la même cause que ses devanciers réformateurs :

« Tout ce que je demande, c’est qu’il soit permis au peuple croyant d’écouter Dieu lui parler et d’être enseigné par lui. Quand nous voyons des hommes de toute condition profiter à l’école de Dieu, nous reconnaissons la vérité de la promesse divine : Je répandrai de mon Esprit sur toute chair. Certains frémissent et s’indignent, mais qu’est-ce donc, sinon reprocher à Dieu sa générosité ?»


(Suite de l'article sous Calvin, un homme face à la Bible (3)  pour l'instant en chantier
merci de patienter.

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1 La même remarque peut être faite à propos des Confessions de saint Augustin.



Partie de l'auditoire lors de la conférence du 18 avril 2009
sur Calvin
à l'Eglise de la Pélisserie  de Genève Suisse

 

Par frère jacques
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Lundi 20 avril 2009
 

2009 Année de la naissance de Calvin


Quelques mots sur de l'auteur de cet article.


Jacques Blandenier est connu dans le monde protestant pour ses deux volumes d'histoire des missions (L'Evangélisation du monde et l'Essor des missions protestantes) Jacques Blandenier est un enseignant et conférencier passionné. Il a été, durant plus d'une vingtaine d'années, le responsables de la formatin d'adultes de la Fédération Romande d'Eglises Evangéliques (F.R.E.E.)


Il vient d'écrire un livre qui met face à face Calvin et Luther. (Titre du livre : Martin Luther – Jean Calvin Contrastes et Ressemblances. L'ouvrage est paru aux Editions Je Sème – La FREE – En Galopin – ch 1162 St Prex Suisse)


Nous publions ici le texte de la conférence qu'il a donné le 18 avril 2009 à Genève

 

 

Calvin, un homme face à la Bible (1)

Jacques Blandenier

 

On a déjà beaucoup parlé de Calvin, il n’est peut-être plus si inconnu pour ceux qui s’intéressent à la question. Mais il me semble qu’il y a de sérieuses lacunes dans ces multiples présentations actuelles de Calvin : on parle beaucoup de son exceptionnelle contribution à l’histoire de la civilisation, mais on laisse presque entièrement sous silence l’importance qu’il attache à la Bible, alors que c’est précisément son imprégnation du message biblique qui est la source ou la racine de tout ce qu’il a pu apporter ; en somme, on s’intéresse au fruit sans se préoccuper de sa racine.



D’ailleurs je suis plus motivé à parler de la contribution spirituelle et doctrinale de Calvin qu’à me focaliser sur sa personne, si remarquable soit-elle.



La personne de Calvin


Mais pour commencer, quelques mots quand même de la personne et du caractère de Calvin car elle influence sa manière de lire la Bible, et là aussi, les différences avec Luther sont fructueuses à évoquer. Bien sûr, je vais un peu forcer le trait pour marquer le contraste.

            Luther, c’est un passionné, un extraverti, un homme tout d’une pièce, subjectif. Musicien, il fait chanter sa foi et entraîne les foules. Une vie au cœur de la bagarre, héroïque. En raison de son caractère, et aussi de sa réaction contre l’Eglise catholique, il est allergique à toute forme d’institution ecclésiastique et même de systématisation de la théologie.

Il est docteur en Ecriture sainte, et de haut niveau, mais au fond, il est plus un prophète au sens du terme dans le Nouveau Testament qu’un docteur. Il n’a jamais rédigé une vision globale de la doctrine luthérienne, si ce n’est pas son
Grand Catéchisme, relativement bref et destiné à ceux qui enseignent les enfants, parents, catéchètes et pasteurs. Ajoutons qu’il a gardé de ses années au couvent le sens d’une rupture avec un monde pécheur et sera assez mal équipé lorsqu’il se trouvera, sans l’avoir cherché, à la tête d’un mouvement qui entraîne des foules, des princes, des Etats.



Quant à Calvin, c’est un homme d’étude – et c’est à son corps défendant qu’il s’est jeté dans la mêlée. Il est à l’aise dans l’argumentation logique et a une maîtrise exceptionnelle des langues latine et française pour exposer sa pensée avec limpidité. En toute chose, il a horreur de ce qui est flou et désordonné.

De par sa formation de juriste, mais plus encore de par ses charismes, il est un organisateur, tant de sa pensée que de la vie de l’Eglise. Il a
éprouvé le besoin de rendre compte de sa foi de façon ordonnée et systématique dès les débuts de son adhésion à la doctrine évangélique.

« 
On a pu appeler Calvin l’organisateur de la religion réformée : on trouve chez lui moins d’innovations que chez Luther ou Zwingli, mais il structure l’ensemble de sa pensée d’une manière qu’aucun autre réformateur n’a pu égaler[1]. » C’est ce qui apportera un nouveau souffle à la réforme et donnera très vite une expansion européenne au protestantisme.



En général, on se sent plus attiré par un Luther, héros se dressant seul contre un pouvoir ecclésiastique tyrannique, avec sa foi joyeuse et son courage indomptable, que par un Calvin qu’on nous dépeint enfermé dans sa bibliothèque, maladif, sévère, froid, impitoyable. C’est une erreur d’appréciation pour ne pas dire une caricature. Un intellectuel, bien sûr ! Un homme rigoureux, plutôt austère que bon vivant (comme on imagine Luther), d’accord ! Pourtant en lisant ses lettres à ses amis, on perçoit aisément sa sensibilité, sa capacité pour une amitié fidèle, pétrie d’humanité.



De plus, on a presque entièrement passés sous silence son intérêt pour les arts, pour la beauté et même pour les loisirs. Il faut ne jamais avoir lu Calvin pour prétendre que ses exposés sont secs et ardus. Un simple exemple : Un de ses meilleurs amis, le réformateur vaudois Pierre Viret,
a écrit des dialogues (ou discussions, disputations) où on voit des acteurs bavarder et argumenter au coin du feu sur des questions religieuses avant « d’aller boire un verre au café ![2] ».

C’était une façon agréable et pleine d’humour de présenter une théologie évangélique à la portée de tous. Or Calvin a écrit une préface aux trois volumes de ces
Disputations chrestiennes dans laquelle il souligne l’utilité de l’humour dans les discussions théologiques[3].



En réalité, j’ai la nette impression que Calvin était très émotif : peut-être jusqu’à la fragilité, au point qu’il craignait de laisser ses émotions altérer sa perception de la vérité – il ne faut pas chercher ailleurs une certaine prudence dans la place qu’il accorde à la musique.


Calvin, c’est vrai, est un peu responsable de la méconnaissance qu’on a de son caractère : pudique, timide, introverti, sont des traits qui viennent à l’esprit quand on découvre le personnage. Bernard Cottret écrit, dans l’introduction de sa biographie de Calvin : « Calvin se dérobe aux caméras ; il est un individu discret, secret. En bref, l’absolu contraire d’une vedette…
[4] » Il le reconnaît lui-même dans son Commentaire du Psaume 58 : « Etant d’un naturel un peu sauvage et honteux, j’ai toujours aimé recoi et tranquillité, je commençai à chercher quelque cachette et moyen de me retirer des gens... J’avais toujours ce but de vivre en privé et sans être connu.»



Et lors d’un des rares passages où il parle de sa conversion, il commence par cette précaution :
« Il est vrai que je ne parle pas volontiers de moi : ce néanmoins vu que totalement je ne m'en puis taire, le plus modestement qu'il me sera possible j'en parlerai. »

             Respectons donc sa pudeur et contentons-nous de ce portrait à peine esquissé. On en verra sans doute apparaître certains traits en décrivant sa façon d’aborder, d’analyser et de prêcher le texte biblique.


(Suite de l'article sous Calvin, un homme face à la Bible (2)



[1]              Francis Higman, La diffusion de la Réforme en France, 1520-1565, Labor & Fides, Genève, 1992, p.108.

[2]              Le fameux "Quart d’heure vaudois" de la Radio Suisse Romande s’en est-il inspiré ? En tout cas on retrouve l’esprit du même terroir vaudois ! Higman reproduit un de ces dialogues traitant du purgatoire (où, en fait, il y a quatre personnages : un traditionnaliste catholique, un joyeux compagnon à l’esprit ouvert, un douteur – qu’il appelle Thomas – et un évangélique bien fondé) (op. cit., p. 145-147).

[3]              Réédités en 1971 par la Bibliothèque Romande : Deux dialogues de Pierre Viret, avec notes et postface de Jaques Courvoisier.

[4]              Bernard Cottret, Calvin, biographie, J.C. Lattès, Paris, 1995, p. 9.




Par frère jacques
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Lundi 20 avril 2009

Humour Suisse


Depuis la déconfiture Swissair / Sabena,

les fonds en déshérence et

notre sacro-saint secret bancaire

qui a du plomb dans l'aile,

tout se déglingue (terme familier vaudois) en Suisse.

Mais il nous reste nos vieilles valeurs comme ... Calvin.

Et pourquoi ? Parce que c'est lui qu'a l'vin !


Bientôt sur ce blog,
un album photo sur le Musée international de la Réforme que Frère Jacques vient de visiter.Voici une première photo de Calvin



Par frère jacques
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Mercredi 3 décembre 2008

Seigneur Dieu, Père éternel et tout-puissant,
Nous reconnaissons et nous confessons devant ta sainte majesté que nous sommes de pauvres pécheurs.

Nés dans l'esclavage du péché, enclins au mal,
incapables par nous-mêmes de faire le bien, nous transgressons tous les jours
et de plusieurs manières tes saints commandements, attirant sur nous, par ton juste jugement, la condamnation et la mort.
Mais Seigneur, nous avons une vive douleur de t'avoir offensé, nous nous condamnons, nous et nos vices, avec une vraie repentance.

Nous recourrons à ta grâce, et te supplions de nous venir en aide dans notre misère.
Veuille avoir pitié de nous, Dieu très bon, Père miséricordieux, et nous pardonner notre péché, pour l'amour de Jésus-Christ ton fils, notre Sauveur.

...

En effaçant nos péchés, accorde-nous aussi et nous augmente continuellement les grâces de ton Saint-esprit, afin que, reconnaissant de plus en plus nos fautes, nous en soyons vivement touchés, nous y renoncions de tout notre cœur, et nous portions des fruits de justice et de sainteté,qui te soient agréables, par Jésus-Christ notre Seigneur.
Amen.

Par frère jacques
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